Aider les jeunes en errance
19 mai
Article de Sud Ouest – 19 mai 2009
POLÉMIQUE. La ville a décidé d’implanter une résidence d’accueil pour les jeunes SDF et leurs chiens, place du Général Sarrail, à deux pas de la Victoire. Les commerçants toussent.
Ils ont appris la nouvelle par la bande. Du coup, la réalité du projet a pris des allures de mauvaise rumeur. L’implantation d’un centre d’accueil, d’hébergement et de soins pour SDF avec leurs chiens, en lieu et place de l’ancien restaurant Le San Francisco, place du Général-Sarrail. Sur la rue Sainte-Catherine, à deux pas de la Victoire. Les associations de commerçants du quartier ont aussitôt mis la pression à la municipalité de Bordeaux. Courriers, pétitions ont suivi. Hier matin, une délégation rencontrait Fabien Robert, l’adjoint au maire du quartier, dans son bureau.
Pas de concertation. Saïd Ounnoughene, patron de la librairie Le Roi lire, rue Sainte-Catherine, a dégainé le premier. « Les riverains du quartier Sainte-Catherine-Victoire élèvent une légitime protestation suite au projet d’InCité, d’installation d’un centre d’accueil, place Sarrail, ils s’opposent à ce projet élaboré sans concertation et demandent au maire d’intervenir afin qu’une solution adaptée soit trouvée, sans sacrifier les intérêts des administrés. »
De fait, le projet mené par l’organisme paramunicipal InCité n’a fait l’objet d’aucune information auprès du public. Ce que Saïd trouve choquant. « On reproche la politique du fait accompli, dit-il. Où est le credo de Juppé lors des dernières élections » favoriser la parole citoyenne » ? Nous réfutons l’implantation de ce projet, ici, pas le projet en tant que tel. Notre souci est d’éviter la stigmatisation, mais nous sommes sensibles à la souffrance des SDF. Ici le quartier est fréquenté par des lycéens, des écoliers, des étudiants… »
« On va sacrifier le quartier » David Soulet, gérant de l’Alligator Café, sur la place ne décolère pas.
« On a mis des années à améliorer ce quartier, à le reprendre en main. Ce projet va tout gangrener. L’entrée de Montaigne est à 10 mètres. On a déjà des soucis quotidiens avec les SDF et leurs chiens. »
Idem pour Yacine Boucharma, coiffeur dans le quartier. « Depuis quatre ans, on maîtrise enfin le problème des SDF, bien que nous ayons perdu beaucoup de clients âgés qui ont peur d’être agressés. Désormais ça va être pire ! »
Fabien Robert ne veut pas lâcher le projet
Tension maximale du côté de la mairie de quartier, hier à midi. Fabien Robert, maire-adjoint, recevait les représentants des associations des quartiers Sainte-Catherine, Victoire et Victor-Hugo, tous vent debout contre l’ouverture d’un centre d’hébergement pour jeunes SDF avec leurs chiens. « Cela ne vient pas de sortir, note l’élu, il s’agit d’un vieux projet, qui date de 2005. Nous cherchions le site idéal. InCité l’a trouvé, mais ce n’est pas un projet Mairie-InCité, les financeurs sont l’État, le Conseil général, la CUB. Le Centre d’étude et d’information sur les drogues (Ceid) assure le contenu. Ce Ceid travaille dans la rue à Bordeaux depuis plusieurs années. En 2008, ils ont rencontré 344 jeunes SDF, ça marche. Les plus à l’écoute sont invités à participer à des arts de la rue, place Amédée-Larrieu, mais derrière il n’y a rien à proposer. Pas de lieu d’hébergement. »
550 m2 dédiés à l’accueil
« Dans cet affolement des riverains et des commerçants, il y a beaucoup d’irrationnel. Il ne s’agit pas d’un centre pour les drogués, ni d’un lieu ouvert. Ceux qui seront hébergés là, seront accompagnés et sélectionnés. La présence des chiens inquiète le voisinage, mais on ne peut pas leur enlever… »
Dans la cour de la résidence, un espace est donc prévu pour accueillir aussi les chiens des SDF. Fabien Robert, s’il admet que l’élaboration du projet aurait mérité plus de transparence et de communication auprès des riverains et des associations de quartier, ne lâche pas. « 550 m2 seront consacrés à l’hébergement et l’accueil. Il y aura à terme 25 chambres, un éducateur sera présent en permanence. L’ouverture devrait avoir lieu fin 2011 pour les 12 premiers résidents, les autres seront accueillis l’année suivante. Ce lieu ne devrait pas être médicalisé. Je comprends les réticences des commerçants, mais nous devons intervenir là où se trouve le public concerné. Les jeunes SDF se posent spontanément à cet endroit de la ville, alors il faut les aider là. Ou bien on laisse ces gens dans la rue, ou bien on traite là où ça fait mal. Ce type d’établissement sera toujours à côté de quelque chose. Le côté, » oui mais pas chez moi » ça ne passe pas en politique ! »







