SUD OUEST 19/11/2009 – Au soutien des jeunes errants

SOCIAL. François Chobeaux, responsable du réseau national Jeunes en errance, est à Bordeaux à l’occasion d’un colloque qui se penche sur ce phénomène urbain qui enfle

François CHOBEAUXFrançois Chobeaux travaille sur la question de l’insertion sociale des jeunes. Ici devant le CEID, rue Planterose. (PHOTO Stéphane LARTIGUE)
De Roubaix à Marseille, en passant par Bordeaux, ils sont les mêmes. Habillés pareils, ils ressemblent à de jeunes corbeaux fatigués, assis sur un coin de trottoir, sous un porche, entre la gare et le jardin public des centres-villes. Avec des chiens. Ils avancent en meute. Les jeunes en errance sont des adolescents entre 16 et 25 ans.

Rupture scolaire, rupture familiale. « Ils disent tous qu’ils ont choisi cette vie-là. Tous. » François Chobeaux, responsable du réseau national Jeunes en errance au sein du CEMEA (Centre d’entraînement aux méthodes d’éducation active), les observe depuis déjà longtemps.

Une belle identité

Cela fait bien quinze ans que dans toutes les villes de France, des équipes travaillent auprès de cette population de SDF. Un phénomène urbain qui ne cesse d’enfler, avec les mutations sociales, la paupérisations et le chômage. « Ils sont de plus en plus jeunes, il y a de plus en plus de filles, et je ne pense pas qu’ils aient choisi cette vie, ajoute François Chobeaux. La marginalité, c’est une belle identité lorsqu’on est adolescent et qu’on veut échapper aux règles. À nous de leur proposer une porte de sortie, une possibilité d’insertion. » Il évoque un rite de passage pour certains, un petit chemin initiatique avant de réintégrer une vie plus normalisée.

« La présence de ces groupes de jeunes gens qui font la manche dans les jardins publics et les rues piétonnes suscite des questions chez les citoyens lambda et les professionnels du travail social. Ces jeunes ne demandent pas d’aides, ils veulent qu’on leur fiche la paix, ils sont assez hostiles aux soutiens classiques et nous échappent. »

À Bordeaux, Agnès Creyemey, Yves Lantheaume et Jean-Hugues Morales, éducateurs de rue, travaillent sur le projet « errance » depuis quelques années. Ensemble, ils ont élaboré une mission, avec des axes originaux et inventifs. Et une seule idée en tête. « Comment nous adapter à cette population de la rue, en respectant ce qu’ils sont, pour les aider à décrocher. »

La rue, famille d’accueil

À Bordeaux, l’équipe d’éducateurs oeuvre au sein du CEID (Comité étude information drogue) et confirme un noyau dur de jeunes errants en ville de 150 personnes, avec 150 autres plus itinérants. Ceux-là ne restent jamais longtemps. « On constate un vide dans les dispositifs d’aide sociale. Au-delà de 18 ans et avant 25 ans, il n’existe rien, note Agnès Creyemey. La rue devient alors une famille d’accueil, avec ses rites et ses règles mais aussi la débrouille et, par dessus tout, la solidarité. »

Ils ne sollicitent pas les travailleurs sociaux et ne présentent aucun « projet acceptable ». Ils vivent de la manche, dorment dans des squats ou des tentes, dehors. Alors depuis trois ans, l’équipe du CEID imagine un lieu d’accueil, un espace qui leur ressemble et leur donnera l’occasion de se poser, d’arrêter de se concentrer sur leur survie pour enfin se relever. À force de les observer, de les suivre et de les écouter, l’endroit s’est dessiné.

Réfléchir ensemble

« Aujourd’hui, les lieux d’hébergement sont incohérents pour cette population de jeunes. Donc ils n’y vont pas. Cette maison d’accueil pourrait se révéler un passage où l’on pourrait construire un projet avec eux. Une maison avec ses règles et ses contraintes, encadrée par des professionnels en permanence. Rien à voir avec un logement d’urgence, nous respecterons leur droit à l’intime et nous ferons avec eux un travail éducatif », insiste Yves Lantheaume. Ce projet Prodomo est dans les tuyaux, il est envisagé près de la Victoire (voir ci-contre).

Jusqu’à ce soir et depuis mardi, un colloque national rassemble autour de François Chobeaux, des équipes venues de toute la France. Échanges de pratiques, d’initiatives et d’expériences pour tenter de nouvelles réponses. Le projet bordelais fait référence.

 

Prodomo ne sera pas abandonnée


Près de la place Sarrailh, rue des Augustiers, le bâtiment a été acquis par InCité et devrait accueillir la résidence Prodomo, pour les jeunes en errance. Projet confié au CIED. Fabien Robert, maire-adjoint de quartier, face à quelques rumeurs concernant l’abandon du projet, entend préciser. « Les commerçants du quartier ont été reçus à la mairie, nous organisons des réunions de concertation, où participent commerçants, éducateurs CEID et la Ville. Le projet manque encore de financements de l’État, mais il verra le jour, on ne pourra pas s’en passer. En revanche, peut-être sera-t-il un peu modifié, nous discutons. »

Auteur : Isabelle Castéra
i.castera@sudouest.com

Pourquoi je soutiens La Maison PRODOMO

Dans la vie d’un élu de quartier, il y a des projets sympathiques, ludiques et faciles à mettre œuvre. La population est enthousiaste et l’élu qui soutient le projet se fait au passage un bon coup de pub. Et puis il y a parfois des projets beaucoup plus nécessaires mais difficiles à mettre en œuvre, essentiellement parce qu’ils répondent à l’intérêt général mais ne satisfont pas à la demande immédiate de la population (ce que l’on appellerait, au niveau national, l’opinion public).

Je crois malgré tout que ce projet est l’une des solutions pour résoudre le problème des SDF dans notre quartier.

Je ne néglige pas les oppositions et questions des riverains et des commerçants. Je comprends leurs inquiétudes. Bien sûr le risque existe ! Comme lorsque nous avons implanté différents lieux d’accueil : le Foyer LEYDET à Nansouty, le CEID rue Planterose, la Maison de Marie… A chaque fois, quelques réglages ont été nécessaires mais aujourd’hui la cohabitation se passe bien.

Je crois avoir, sur ce dossier, le devoir de rester optimiste, de tout faire pour expliquer le projet et rassurer la population. Nous n’avons pas le droit de tomber dans le « oui, mais pas à côté de chez moi », cela ne serait pas responsable.

Chaque semaine depuis un an, les riverains et commerçants se plaignent de la présence de ces jeunes avec leur chiens. On nous reproche, nous élus, de ne rien faire et de laisser ces SDF dans la rue. Lorsque enfin un projet émerge pour apporter un début de solution en sortant ces jeunes de la rue, on nous accuse de vouloir attirer encore plus de marginaux… La contradiction est évidente. Il s’agit au contraire d’endiguer ce phénomène en sortant ces jeunes de la rue pour les amener vers une structure de resocialisation dans le quartier où ils déambulent.

Pourquoi dans le quartier ? Parce qu’il faut avoir le courage de traiter le problème là où il se trouve, là où ça fait mal.

Je ne doute pas qu’un tel parti pris m’attire un certain nombre d’inimitiés. Je resterai malgré tout à l’écoute de chacun pour essayer de convaincre le plus grand nombre.

La Maison PRODOMO sera :

- une pension de famille pour des jeunes qui veulent sortir de la rue et de l’errance
- une structure encadrée par une équipe d’éducateurs professionnels du CEID, 365 jours/an et 24h/24
- un programme d’accompagnement personnalisé d’insertion : de 14h à 17h, les jeunes seront en formation ou en activités
- réservée à 14 jeunes seulement dans un premier temps
- un établissement à l’écoute des préoccupations des riverains : l’équipe sera joignable 24h/24 via un n° de portable
- un projet porté par l’Etat et le Conseil général pour lequel la Mairie apporte sa collaboration principalement financière

La Maison PRODOMO ne sera pas :

- un lieu d’hébergement d’urgence ou de distribution de repas
- une halte de jour pour toxicomanes : il en existe déjà une, rue Planterose, qui ne pose aucun problème aux riverains
- une structure où les jeunes seront livrés à eux-mêmes
- un chenil : les chiens, qui sont leurs compagnons de route, resteront avec leurs maîtres et dormiront avec eux

 

Aider les jeunes en errance (3) – La Maison PRODOMO dans le détail

- Quel est le diagnostic ?

Le constat de départ est le suivant : les jeunes (25/35 ans), souvent accompagnés d’un chien, qui vivent dans la rue sont nombreux dans le secteur Sainte-Catherine / Victor Hugo. Cette présence s’explique essentiellement par l’opportunité de pouvoir y récolter quelques pièces en faisant la manche.

Les nuisances occasionnées sont multiples et pénalisantes pour le cadre de vie et l’activité commerçante.

Dès 2005, un travail partenarial (Etat – ville de Bordeaux – Conseil Général) permet la mise en place d’une première réponse. Le CEID (Centre d’Etude et d’Information sur les Drogues) se voit alors confier une mission « Jeunes en errance » afin d’apporter à ces jeunes des solutions de resocialisation durables et de réduire les nuisances occasionnées pour les riverains et commerçants avoisinants.
- Qu’est ce que cette Maison ?

La Maison PRODOMO est un projet de résidence de 25 logements pour des jeunes en errance porté par le Centre d’Etude et d’Information sur les Drogues (CEID).
- Pourquoi cette Maison ?

Le travail mené par le CEID est un parcours en 3 étapes :

- Le travail de rue :

Le CEID suit les déplacements de cette population. Ce travail permet d’identifier tout nouvel arrivant, de pouvoir poser un premier diagnostic et de proposer un référentiel d’adresses utiles (soins, hébergement, hygiène,…). 344 jeunes en errance ont été rencontrés par les éducateurs de rue en 2008.

- Les ateliers « arts de la rue » :

Les arts de la rue (cirque, musique, théâtre) ne sont ici qu’un moyen d’amorcer un déplacement (les ateliers ont lieu dans le quartier Saint-Genès où il est important de noter que la cohabitation avec le voisinage se passe bien) et la construction d’un travail commun.

L’animation est assurée par 6 professionnels et 1 éducateur qui encadrent les ateliers et favorisent pour chaque jeune un projet personnalisé.

En 2008, 67 jeunes ont fait la démarche d’aller vers ces ateliers.
- La maison PRODOMO :

Enfin, en prolongement des actions menées, le projet global PRODOMO vise à ouvrir 25 places d’hébergement adaptées à cette population.

Il s’agit d’un complément indispensable aux deux premières étapes. En effet, lorsqu’un jeune manifeste l’envie de s’en sortir, au « bout du bout », sans cette résidence, aucune solution durable n’est proposée. La rechute est alors probable.

Le dispositif s’appuie sur une démarche graduée en fonction de l’avancée des sujets dans leurs parcours d’autonomisation et de l’acquisition des capacités minimales nécessaires à l’inscription dans un logement durable.

Le bailleur social In’cité a fait l’acquisition pour ce projet d’un immeuble situé 35 rue des Augustins avec deux cours intérieures pour l’accueil des chiens.

- La question de l’accueil des chiens :

La question des chiens est importante. Il ne s’agit pas de réaliser un chenil mais de prendre en compte une réalité. Il y a encore 2 ans, lorsque j’ai commencé à me pencher sur cette question, je ne croyais pas moi-même à l’intégration des chiens dans les lieux de résidence. Pourtant, lors de la campagne municipale de 2008, j’ai été frappé par l’importance de ce détail. Ils ne s’en sépareront jamais et préféreront rester dans la rue car il s’agit souvent de leur seule présence quotidienne. Je ne suis pas dupe et je sais que certains maltraitent leurs chiens. La Maison PRODOMO devra justement permettre un suivi régulier de ces animaux.

- Combien ça coûte ?

Le budget prévisionnel de l’investissement est de 2 074 793 €. Le CEID participerait aussi à la réhabilitation du fait de son agrément pour encadrer des chantiers d’insertion. Il sera envisagé bien entendu d’y intégrer de futurs bénéficiaires de l’hébergement.

- Quand ?

L’ouverture de cette structure serait possible fin 2011 si des crédits nécessaires étaient affectés. Avec le fort soutien du maire de Bordeaux, du Président du Conseil Général et du Président de la CUB au titre de la surcharge foncière, de l’aide de l’Etat sur cette même surcharge foncière et par une subvention PLAI, l’investissement pourrait trouver son équilibre.

Aider les jeunes en errance (2)

Revue de Presse de la Maison PRODOMO :

TV7 18/05/09 – La Maison Prodomo

France Bleu Gironde 18/05/09 – La Maison Prodomo