Etats-Unis (IX) – Rencontres à la Nouvelle Orléans

Aux Etats-Unis, les campagnes sont intenses et permanentes puisque les dirigeants des tous les niveaux du fédéralisme américain sont élus. On vote pour élire son Représentant de district, son Maire, son Représentant d’Etat à la Chambre, son Sénateur d’Etat, son Shérif, son Juge, son Représentant au Congrès, son Sénateur, son Président… et même le contrôleur des impôts ! Si bien que les campagnes sont omniprésentes dans la vie quotidienne américaine. Conséquence directe : la participation est faible puisqu’elle varie de 15% pour les élections les moins intéressantes à 50% pour l’élection présidentielle. De ce point de vue là, alors que nous cherchons à simplifier/sacrifier notre organisation territoriale, nous n’avons rien à envier aux ricains.

Mais aux Etats-Unis la politique est passionnée et passionnante. Les opinions s’affichent avec plus de forces, de couleurs et d’exagération qu‘en France.

Rencontre avec Sidney Arroyo, Conseiller Politique à la Nouvelle Orléans

Rencontre avec Sidney Arroyo, Conseiller Politique à la Nouvelle Orléans

A la Nouvelle Orléans nous rencontrons Sidney ARROYO, ancienne vedette de rock, conseiller politique propriétaire du cabinet SIDCAT Stratégies. Un vrai personnage, à l’image de la vie politique en Louisiane. Il est très détendu, provoquant et caricatural. Dès la première question que nous lui posons, le ton est donné :
- Comment gagner une campagne aux USA ?
- En Louisiane, le vie politique est aussi piquante que le bouffe alors il faut crier plus fort que les autres, embrasser des bébés et lever des fonds.

Les nouveaux médias servent moins à convaincre qu’à mobiliser l’électorat et faire croire au votant qu‘il appartient à un ensemble bien plus grand. Rien ne vaut le porte-à-porte et le serrage de pinces selon lui.

La Louisine est réputée pour la corruption des politiques et des fonctionnaires. Si bien que les deux partis y sont assez discrédités. « Les républicains veulent le pouvoir et ne pensent qu‘au fric; les démocrates veulent plaire à tout le monde et sont incompétents » ! D’où un fort antiparlementarisme et la montée en puissance de l’extrême droite américaine en Louisiane mais également dans tout le pays. Intégrés au Parti Républicain, ses extrémistes se revendiquent du courant « Tea Party » en référence à la révolte de Boston. Il est probable qu’ils aient plusieurs élus aux Congrès en novembre prochain.

Avant de conclure notre entretien, Sidney nous demande si la France ne voudrait pas racheter la Louisiane, pour y remettre de l’ordre (sic) ! Nous déclinons la proposition avec courtoisie : il y a déjà fort à faire chez nous.

Audience avec Mr Johnson, membre du Conseil Municipal de la Nouvelle Orléans

Audience avec Mr Johnson, membre du Conseil Municipal de la Nouvelle Orléans

Le ton est très différent lors de notre audience avec Mr. JOHNSON, l’un des 7 membres du Conseil Municipal de la Nouvelle Orléans. Cette homme d’une cinquantaine d’années nous reçoit avec beaucoup de simplicité et de sobriété. Notre sujet de discussion est très éloigné des campagnes électorales.

Il y a 5 ans, avec le passage de Katrina, M.JOHNSON, Sénateur d’Etat, commerçant et père de famille, a tout perdu. Tout : sa maison, ses commerces et des amis. Il est revenu à la Nouvelle Orléans dès qu’il a pu et s’est présenté aux élections municipales pour aider ses compatriotes à reconstruite leur vie. Depuis, sa priorité, avec le reste de l’équipe municipale, consiste à reconstruire la ville, lutter contre une délinquance omniprésente (La Nouvelle Orléans est parmi les 10 villes au monde où il y a le plus de meurtres) et équilibrer le budget d’une collectivité endentée à hauteur de 67 millions d’euros, presque une année d’investissement à Bordeaux.

Et comme si le sort s’acharnait, une récession économique et une catastrophe environnementale dans le Golf du Mexique sont venues s’ajouter à la liste noire.

Bon courage Mister Johnson !

« Nous sommes tous des immigrés ». J’ai entendu cette phrase à plusieurs reprises et elle m’a particulièrement marqué. Pour comprendre l’état d’esprit des américains à l’égard des communautés, il faut avoir ces mots à l’esprit. Chacun est libre de s’organiser en communauté, religieuse ou citoyenne, tant qu’il respecte les fondements démocratiques et libéraux du pays.

A imaginer dans les bus pour séparer les noirs des blancs

A imaginer dans les bus pour séparer les noirs des blancs

Pour permettre l’organisation des communautés, garantir une harmonie de vie et lutter contre la discrimination, la ville de la Nouvelle Orléans a crée une Commission pour les Relations Humaines dirigée par Larry BAGNERIS que nous rencontrons dans son bureau à la Mairie. Il est passionné et très fier de nous présenter son travail. Entouré de 18 citoyens membres de la commission, il œuvre pour le respect d’un subtile équilibre en recevant les plaintes pour discrimination (une dizaine par mois), en formant les fonctionnaires municipaux, en organisant des « testing » à l’entrée des bars nombreux à la Nouvelle Orléans… Si vous commettez un acte discriminatoire dans la ville, vous êtes passible d’une amende 500 $ d’après un décret municipal.

En quittant son bureau, il nous montre une pancarte en bois qui servait à séparer les noirs des blancs dans les bus. Elle est accrochée au mur face à son bureau, comme pour lui rappeler le caractère fondamental de sa mission quotidienne.

Etats-Unis (VII) – Ma Nouvelle Orléans

un groupe de jazz dans la rueBye-bye Washington, Hello New Orléans !

Il est toujours très difficile de se prononcer avec justesse sur une ville lors d’un court séjour et d’une découverte parcellaire. Soyons franc, La Nouvelle Orléans, pour le trompettiste que je suis, avait acquis ma sympathie par avance.

Avant même de descendre de l’avion, malgré trois heures de retard, j’étais très excité à l’idée de découvrir cette ville emblématique. Berceau du Jazz, et par la même de tant d’autres styles musicaux, le ville affiche clairement son héritage dès l’atterrissage au « Louis Armstrong New Orleans International Airport ». En attendant les valises, du New Orleans en fond musical évidemment.

Nous sommes logés dans un hôtel tout proche du quartier français, cœur historique, musical et sentimental de la ville. C’est un véritable syncrétisme culturel : la fleure de lys est le symbole de la ville, les noms de rues sont français (Toulouse, Dauphine, Bourbon…), l’architecture est ancienne et assez basse ce qui contraste avec le quartier des affaires tout proche. Mais ne vous méprenez pas, personne ou presque ne parle français.

le tram de New OrleansSur l’artère principale, le tramway avance de bric de broc. Il emble avoir toujours été là, tel que nous l’avons déjà vu dans un film américain.

La musique est partout. Il n’est pas rare de croiser dans la rue un trompettiste ou un joueur d’hélicon déambulant au gré des opportunités. C’est amusant et folklorique mais pour beaucoup c’est surtout un moyen de subsister en faisant la manche. Beaucoup de personnes sont pauvres aux Etats-Unis, tout particulièrement dans certains Etats comme la Louisiane durement touchée par deux catastrophes environnementales.

La ville est passée de 400 000 à 280 000 habitants suite aux destructions de l’ouragan Katrina. Beaucoup ont été accueillis dans la capitale de la Louisiane, Bâton-Rouge et à Houston (Texas).

Dès notre arrivée vendredi soir, je me suis précipité sur Bourbon Street, LA rue festive et musicale. Pour vous faire une petite idée de l‘ambiance, imaginez la place de la victoire à Bordeaux avec des groupes de Jazz dans tous les coins. Avant une certaine heure (car au-delà de minuit la musique « moderne » envahit les clubs) on peut écouter du Jazz traditionnel, du News Orleans et du Blues, autant de styles musicaux où le cuivre et le chanteur sont rois.

le mississippiSamedi soir, notre guide Peter, toujours aux petits ognons, nous a dégoté des invitations pour une croisière sur le Mississippi. Durant trois heures, sur un bateau tout droit sorti du dessin animé Tom Sawyer, nous dégustons du pouding au son du New Orléans. Les berges et le fleuve lui-même me font penser à Bordeaux. Le Mississippi est plus large mais sa courbe dans le ville se rapproche de notre croissant de lune. D’anciens hangars ont été transformés en commerces et un bateau de croisière est amarré au quai face à la ville. La comparaison s’arrête là car une différence importante et visible me remplit de nostalgie: la Nouvelle Orléans est l’un des plus gros ports des Etats-Unis. Les quais sont industrialisés et occupés par de nombreux bateaux déchargeant leurs marchandises.

Voici la Nouvelle Orléans que je découvre. Très cliché j’en conviens mais je ne la souhaitais pas différente.