Etats-Unis (IV) – L’abécédaire du curieux
23 juil
« La curiosité mène à tout : parfois à écouter aux portes, parfois à découvrir l’Amérique »
José Maria Eça de Queiros.
Pour être honnête, je suis plutôt américano-septique et je ne sais pas si ce séjour d’étude changera fondamentalement mon opinion. Mais tout de même, quelle nation ! Je découvre une Amérique qui croit en son avenir. Rien de semble pouvoir affecter l’optimisme de ce peuple. Remise en cause, flexibilité et mobilité sont autant de facteurs d’une réussite toujours vécue comme relative.
J’écoute, je note et espère revenir avec beaucoup d’idées neuves.
Voici mon abécédaire (I) de nos derniers rendez-vous :
Argent. Sans cette denrée rare, vous ne faîtes pas de politique aux Etats-Unis. Jérémy Mayer, professeur à la prestigieuse « Georgetown University », nous explique que la crédibilité d’un candidat est très directement liée à sa capacité à lever des fonds. C’est le critère que les médias observent lors de la préparation des campagnes électorales.
Pour espérer être élu au Congrès, il faut compter 1 millions de $.
Elite. Les appareils politiques sont faibles aux USA. Si bien que le « Sherman » (chef) du Parti Démocrate, le Gouverneur Tim Kaine, est nommé par le Président OBAMA. Les partis ne donnent une investiture que lorsque la primaire est terminée et qu’il ne reste qu’un seul prétendant. Les médias (encore eux) jouent le rôle de sélectionneur: « l’Elite des partis est remplacée par l’Elite des médias ».
Gyropode. Je suis frappé par le nombre non négligeable de personnes qui se déplacent en Segway à Washington. Nous devons parier et anticiper sur ce mode de déplacement doux qui j’en suis certain va se développer dans les années qui viennent.
International. Au Sénat, nous échangeons avec un membre du « staff » de la commission des affaires étrangères. « Nous avons besoin d’une Europe forte comme partenaire» ne cesse-t-il de nous répéter faisant référence à leur engagement historique pour soutenir financièrement et militairement la vieille Europe. « Nous avons besoin de l’Europe aussi pour nous rappeler nos échecs »… Je n’aurais pas dit mieux.
Mais les préoccupations réelles sont ailleurs : l‘omniprésence de la Chine en Afrique inquiète, les relations Mexique/Etats-Unis sur la question de l’immigration clandestine sont toujours aussi complexes, les relations avec l’Iran se tendent alors qu’OBAMA prône l’ouverture, Israël semble se dispenser de la bénédiction américaine pour agir et les intégristes pakistanais pourraient entrer au gouvernement.
OBAMA est un Président à la mentalité très occidentale. Il a souhaité réorienter la politique étrangère américaine et échanger avec de nouveaux pays. Si bien que les chefs d’Etat européens sont d’accord avec lui mais se plaignent de ne pas pouvoir le rencontrer facilement…
Justice.
Nous rencontrons Peter McCabe, Directeur-adjoint de l’administration des tribunaux. La justice américaine n’échappe pas au fédéralisme avec une distinction entre les tribunaux d’Etat et les tribunaux fédéraux. Idem pour les pénitenciers.
Alors que la justice et l’administration pénitencière fédérales sont plutôt de bonne qualité, Peter McCabe nous confesse que l’échelon étatique est souvent lent et d’une qualité variable. Phénomène probablement amplifié par l’élection des juges au suffrage universelle en fonction d’une étiquette politique ! Peu d’Etats le pratiquent encore mais autant dire que nous sommes estomaqués par cette manière de faire.
Un point fort : les citoyens américains font confiance à leur système judiciaire (et mon sentiment est qu’ils ont probablement raison). Les juges bénéficient d’une popularité assez forte ce qui n’est pas du tout le cas dans notre pays.
Magistrat. L’Ecole Nationale de la Magistrature n’a pas sa place aux Etats-Unis, pays du Common Law. Les juges fédéraux sont nommés à vie par le pouvoir exécutif. Il s’agit généralement d’avocats ou de procureurs (très) compétents. Il bénéficient ensuite d’une formation continue. Imaginez Bordeaux sans l’ENM me fait frissonner !
Ville. Au think tank « Brooking Bradley », nous abordons la construction et l’évolution des villes américaines. Si les métropoles semblent constituer le moteur économique du pays, leur décloisonnement semble difficile: les réseaux de transports en commun sont à déployer et l’intercommunalité n’existe (presque) pas. La prise de conscience autour des questions environnementales semble assez faible puisque l’étalement urbain n’est pas un problème et les initiatives en matière d’éco-habitat sont peu nombreuses.
Notre interlocutrice, Jennifer Bradley, nous explique que le France a plusieurs longueurs d’avances en matière de gestion des villes. Nous avons su anticiper l’arrivée massive de population afin de ne pas subir la densification urbaine. Pour elle, la ville du XXIème siècle sera une métropole aux transports performants, aux bâtiments basse consommation, qui soutient les entreprises innovantes et qui favorise les mixités. Comme ne pas reconnaitre la trajectoire prise par la ville de Bordeaux dans ce descriptif ?
Ma curiosité est de plus en plus satisfaite.
Etats-Unis (III) – Penser moins !?
21 juil
En feuilletant le programme, je m’étais bien rendu compte que les journées allaient être chargées et j’en ai la confirmation. Le Département d’Etat, qui paye notre voyage, ne plaisante pas avec l’argent du contribuable. Bien que très agréable et dépaysant, il ne s’agit pas de vacances mais bien d’un voyage d’étude.
Notre journée a commencé par une visite du Saint des saints : le Capitole des Etats-Unis, siège du pouvoir législatif américain. L’édifice est impressionnant sans être surchargé de dorures. Les salles sont spacieuses et élégantes. Je pourrais m’étendre plus longuement sur la visite et les aspects architecturaux si une surprise n’était pas venue m’éblouir.
En sortant de la visite guidée nous demandâmes si il était possible d’assister à une séance du Sénat en imaginant d’avance une réponse négative comme c’est le cas à l’Assemblée Nationale si vous n’êtes pas invité par votre parlementaire. Pourtant, quelques portiques de détection plus loin nous étions assis à quelques mètres du très connu Sénateur Bernard Sanders (Etat du Vermont, seul élu indépendant) qui plaidait pour l’allongement de la période d’indemnisation chômage aux Etats-Unis.
Pour l’anecdote, et puisque le manque d’assiduité de nos parlementaires est un sujet de fâcherie, le Sénateur était… seul dans la salle à l’exception du Président de séance forcé d’être présent. Pas un autre élu représentant du peuple pour écouter son discours pourtant déclamé avec convictions.
Contrairement à la sensation d’étroitesse que l’on peut ressentir en visitant l’hémicycle de l’Assemblée Nationale française, la salle du Sénat est spacieuse et donne le sentiment d’avoir été bâtie pour que le public soit nombreux et bien placé. Tout un symbole.
Après un passage par la boutique des souvenirs et la cafétéria du Congrès, direction le siège du prestigieux institut de sondage Gallup. Nous rencontrons le Dr. Franck Newport, Editeur en Chef, et sa collègue française Magali Rheault. La discussion s’organise tout d’abord autour du moral des peuples américains et français. Selon eux, le pessimisme naturel des français à l’égard de leur avenir, particulièrement depuis la crise économique, s’explique essentiellement par notre manque de flexibilité. En France, perdre son « job » est une catastrophe. Certainement parce que l’on ne dispose souvent que d’une formation initiale dans un domaine précis. L’américain moyen lui est mobile et toujours à la recherche de solutions nouvelles. L’économie américaine est facilitante par sa taille, sa diversité et sa flexibilité.
J’ai une aversion naturelle pour les sondages d’opinion: je les trouve souvent anachroniques, populistes et infantilisants. Avant de terminer notre entretien je ne peux m’empêcher de questionner notre hôte sur ce sujet :
- Les sondages ne perturbent-ils pas la démocratie représentative ? Dans un monde si complexe, où une réforme peut prendre des années avant de porter ses fruits, où est donc le droit des élus à être jugés en fin de mandat quand vous interrogez chaque soir 1000 personnes sur l’actualité ? Avoir connaissance immédiatement d’une (sur)réaction parfois épidermique de l’opinion est elle une avancée démocratique ?
- C’est très bien de savoir chaque jour ce que pensent les gens. Plus il y a de sondages, mieux c’est. Même la veille d’une élection, il est important qu’un sondage soit publié. Les politiques devraient penser moins et se préoccuper plus de ce que pensent les gens !
Nous nous quittons avec courtoisie bien que je ne partage pas cet avis.
Pour terminer ce 20 juillet, nous sommes accueillis par le Comité National du Parti Républicain (bureau exécutif du parti). En entrant dans l’immeuble, une pancarte placée sur le fronton attire notre attention « Fire Pelosi » (Virez Pilosi); Pilosi étant la Présidente de la Chambre des représentants. Je ne sais si beaucoup de conseillers en communication et autres sachants ont travaillé sur ce slogan mais au moins c’est clair !
Nancy Dehlinger nous présente le parti, sa structuration et ses actions emblématiques. C’est une femme gentille et assez rigolote qui structure très précisément son propos. Nous abordons notamment la question des nouveaux médias avec le site de propagande du parti républicain : http://www.gop.com/ (17 millions de e-militants tout de même). D’après elle, et malgré un investissement croissant dans les nouveaux médias, le contact direct avec la population, notamment pour favoriser l’inscription sur les listes électorales, reste le principal outil de communication.
A la fin de notre entretien, je demande tout naturellement le montant de la cotisation au parti Républicain. La réponse est surprenante : « C’est gratuit, on adhère avant tout à un ensemble de valeurs et d’idées ». Intéressant, non ? A quand une adhésion gratuite au Mouvement Démocrate ?
En terminant ce billet, je m’aperçois que j’écris un billet par jour depuis mon arrivée et que par la même je m’astreints à une certaine régularité. Je ne sais si je suis capable de m’y tenir. En tout cas, je vais y penser…
Etats-Unis (II) – Notre trio
20 juil
J’effectue ce voyage aux Etats-Unis avec Pierre-Yves BOURNAZEL, Conseiller de Paris et Conseiller Régional. Le Département d’Etat américain préfère en effet créer des binômes pour rendre le séjour plus agréable. Je découvre un garçon réservé mais sympathique. Sa culture et sa finesse politique en font un jeune homme agréable. Et c’est tant mieux puisque nous devons passer trois semaines ensemble.
Peter, notre guide-interprète, est le dernier membre du trio qui va traverser les USA jusqu’au 6 août. Au delà de l’aspect pratique de sa présence (je parle assez mal anglais), Peter est un homme charmant et très cultivé qui nous apprend beaucoup de choses sur la culture américaine. A chaque fois que nous marchons, que nous déjeunons ou que nous avons un moment de libre tous les trois, la conversation s’organise autour de la Politique, qu’ils s’agissent d’anecdotes ou de débats de fond qui ont souvent pour objet de comparer la France aux Etats-Unis. Dès le premier soir, nous avions évoquer la moitié des problèmes mondiaux ou presque…
Ce matin nous avons été accueillis par la Département d’Etat américain et par les organisateurs de notre séjour, l’ONG Meridan International Center. Ce fut très chaleureux. Nous avons le sentiment que tout est mis en œuvre pour nous accueillir dans les meilleurs conditions possibles, sans pour autant que nous ayons l’impression de ne découvrir que le bon côté des Etats-Unis. En effet, toutes nos demandes semblent intégrer y compris la découverte de l’Amérique profonde et des quartiers populaires.
Nous visiterons les villes de Washington DC, la Nouvelle Orléans en Louisiane -pour le trompettiste que je suis, c’est un rêve de gosse…-, Omaha dans le Nebraska, Portland dans l’Oregon et New York. Dans chacune de ces villes, des rendez-vous programmés à l’avance et des visites d’ONG, d’institutions, d’associations… Nous rencontrerons notamment le célèbre institut de sondage GALLUP, le parti républicain et le parti démocrate, le Sénateur d’Etat du Nebraska Tom White, le Gouverneur du Nebraska Dave Heineman, le Maire de Omaha, Jim Suttle, le conseil participatif de la ville de Portland, un membre de l’équipe du Maire de NY…
Lors de chacune de ces rencontres, les thématiques abordées sont les suivantes :
- rôle, construction et gouvernance des villes
- système politique
- lutte contre la corruption
- diversité et lutte contre toutes les formes de discrimination
- la Démocratie participative
Un programme réjouissant qui débute demain par une visite du Congrès.
Etats-Unis (I) – Premières impressions
19 juil
J’étais impatient à l’idée d’écrire ce premier billet relatant mon séjour d’étude aux Etats-Unis dans le cadre du « International Visitor Leadership Program ». Un problème d’adaptateur électrique m’en empêchait jusque là.
Apres quelques centaines de mètres d’escalators et huit heures d’avion, je touche le sol américain plein d’envie malgré un décalage horaire perturbant. Curieuse sensation que celle d’être accueilli comme du bétail. Le périple commence par d’interminables couloirs sans fenêtre où il est difficile de se croiser, se poursuit par un transport dans d’étranges limaces blanches et se termine par une longue file d’attente pour passer devant un officier des douanes qui ne m’aura pas décoché un mot lors de notre « entretien ». Tout cela n’est pas assez pour entamer mon enthousiasme. J’entre aux Etats-Unis avec excitation.
Lors de mon arrivée dans le hall de l‘aéroport -où devrais-je dire de « notre » arrivée puisque je voyage avec un collègue Conseiller de Paris, Pierre-Yves BOURNAZEL- une petite inquiétude surgit concernant la présence du guide-interprète. Je suis rassuré lorsque j’aperçois le sourire accueillant d’un homme au dessus d’une petite pancarte où est écrit mon nom. Peter va nous accompagner durant ces trois semaines. Nous sommes « mariés » comme il répète avec humour dans un français parfait.
Dans le taxi, il m’explique son rôle. Epris de la France -un peu comme une maitresse, avec de l’adoration et de la détestation dit-il- Peter est professeur de littérature française à l’Université. Il me raconte que plusieurs hommes politiques français l’ont particulièrement marqué notamment en 1989 où il était le guide-interprète d’un certain… François Bayrou ! Je n’en reviens pas et constate une nouvelle fois la petitesse d’un monde plein de surprises. Je ne peux m’empêcher de le questionner :
- Comme était-il ?
- Un homme charmant, agréable et un remarquable joueur d‘échecs. Mais avec un caractère bien trempé. Malgré nos nombreuses parties d’échecs, je n’ai gagné qu’une seule fois et pourtant je me suis demandé si nous allions rejouer !
Rires dans la voiture.
L’entrée dans Washington DC est à la fois impressionnante -c’est la capitale de la première puissance mondiale- et en même temps assez ordinaire car il s’agit d’une petite ville (600 000 habitants) à l’architecture basse. Nous sommes logés dans un hôtel confortable situé sur l’une des « street » qui forment un parfait quadrillage. La chaleur est parfois suffocante (40°) mais tous les espaces fermés sont climatisés.
Ce premier week-end à Washington m’a permis de faire connaissance avec une ville à taille humaine. Les espaces publics sont spacieux et propres. L’architecture est peu harmonieuse mais soignée. Plus important encore, je trouve les américains très aimables, y compris quand je suis seul et que je déambule dans un supermarché.
Arriver pour passer le week-end a de bons côtés : footing, balades et soirées auront été mes premières activités aux Etats-Unis. Ludique et instructif. Le « travail » débute aujourd’hui avec un accueil officiel au Département d’Etat et une présentation des institutions américaines.









