Etats-Unis (X) – Aspects de la ville américaine
2 août
Pour relater mon séjour à Omaha dans le Nebraska, j’ai pensé intéressant de vous décrire la ville américaine type, en tout cas l’image que j’en ai après quatre étapes urbaines très différentes.
Deux éléments me semblent fondamentaux pour bien saisir la forme et le fonctionnement actuel des villes aux Etats-Unis : leur relative jeunesse et la grandeur de leur superficie.
Aux USA, la construction des villes a débuté au milieu du 18ème siècle et leur croissance s’est faite au XIXème et au XXème siècle. Omaha, lors de sa fondation en 1854 par des spéculateurs venus d’une ville voisine comptait 1500 habitants. En 2006, elle est peuplée de 420 000 âmes, soit l’une des plus importantes progressions démographiques du pays. Et pour cause, l’espace est une ressource illimitée aux Etats-Unis: 9 629 048 kilomètres carrés, ce qui en fait le quatrième pays le plus vaste du monde. Ces deux éléments impactent la morphologie des aires urbaines.
La ville américaine est très spacieuse comparativement à la ville française.
Elle s’étale sur plusieurs kilomètres le long de grandes avenues perpendiculaires rarement perturbées. Le concept de « centre historique » n’existe presque pas.
Alors, comment repérer le centre ville, si il y en a un ? Il est situé aux pieds des gratte-ciels présents dans toutes les grandes villes. Le cœur de la ville américaine est haut et souvent dédié au business.
Le trait de caractère fondamental d’un américain, c’est probablement son attachement viscéral aux libertés individuelles. Ce qui explique probablement une part de la réussite économique du pays mais implique également un individualisme omniprésent palpable notamment en matière de transports. La bagnole est reine : larges avenues (2*6 voies), grands parkings au sol dans la ville, des autoroutes partout… Vous pouvez trouver, en plein cœur de ville, un espace dédié au stationnement sur plusieurs centaines de m². Il est évident qu’en France un tel espace aurait été aménagé en jardin ou utilisé pour construire des logements.
Cette utilisation excessive de la voiture est renforcée par une politique de développement des transports en commun présente dans le discours mais quasiment absente des réalités budgétaires. A Omaha, le Maire envisage un tramway dans les années qui viennent… mais pour le moment on rénove les routes.
De cet excès d’espace résulte une ignorance (ou presque) du principe de lutte contre l’étalement urbain. La ville est loin de dévorer la campagne : les Etats-Unis restent un pays « vide » !
Le bon côté des choses c’est que la ville est aérée et très verte. L’ombre très présente est agréable en été mais limite parfois la qualité de l’éclairage public la nuit.
L’utilisation du vélo, elle aussi liée à la place démesurée laissée à la voiture, est très contrastée : alors que les arceaux à vélos sont désespérément vides à Omaha, Portland (j’en reparlerai longuement dans mes prochains billets) a su développer des pistes aménagées et les cyclistes sont nombreux.
Les américains sont plutôt civiques : les villes sont propres et les règles de vie commune respectées. C’est très agréable.
Conséquence ultime de ce mélange d’héritage et de (non) volonté politique : les villes américaines sont plutôt moches. L’une des personnes rencontrées nous confesse même que les américains ont dans ce domaine une tolérance à la laideur bien supérieure à celle des européens, tant que l’intérieur de leur appartement est agréable. La Nouvelle Orléans échappe à cette règle : c’est l’une des 5 ou 6 belles villes des Etats-Unis (avec Portland, que je découvre en ce moment même).
Un dernier détail frappant pour un français : impossible de regarder dans une direction sans apercevoir, sur un immeuble ou devant une résidence privée, le drapeau américain flotter fièrement. Au moment même où j’écris ce billet, j’en aperçois quatre sur des lieux différents depuis la fenêtre de ma chambre d’hôtel…
Etats-Unis (IX) – Rencontres à la Nouvelle Orléans
31 juil
Aux Etats-Unis, les campagnes sont intenses et permanentes puisque les dirigeants des tous les niveaux du fédéralisme américain sont élus. On vote pour élire son Représentant de district, son Maire, son Représentant d’Etat à la Chambre, son Sénateur d’Etat, son Shérif, son Juge, son Représentant au Congrès, son Sénateur, son Président… et même le contrôleur des impôts ! Si bien que les campagnes sont omniprésentes dans la vie quotidienne américaine. Conséquence directe : la participation est faible puisqu’elle varie de 15% pour les élections les moins intéressantes à 50% pour l’élection présidentielle. De ce point de vue là, alors que nous cherchons à simplifier/sacrifier notre organisation territoriale, nous n’avons rien à envier aux ricains.
Mais aux Etats-Unis la politique est passionnée et passionnante. Les opinions s’affichent avec plus de forces, de couleurs et d’exagération qu‘en France.
A la Nouvelle Orléans nous rencontrons Sidney ARROYO, ancienne vedette de rock, conseiller politique propriétaire du cabinet SIDCAT Stratégies. Un vrai personnage, à l’image de la vie politique en Louisiane. Il est très détendu, provoquant et caricatural. Dès la première question que nous lui posons, le ton est donné :
- Comment gagner une campagne aux USA ?
- En Louisiane, le vie politique est aussi piquante que le bouffe alors il faut crier plus fort que les autres, embrasser des bébés et lever des fonds.
Les nouveaux médias servent moins à convaincre qu’à mobiliser l’électorat et faire croire au votant qu‘il appartient à un ensemble bien plus grand. Rien ne vaut le porte-à-porte et le serrage de pinces selon lui.
La Louisine est réputée pour la corruption des politiques et des fonctionnaires. Si bien que les deux partis y sont assez discrédités. « Les républicains veulent le pouvoir et ne pensent qu‘au fric; les démocrates veulent plaire à tout le monde et sont incompétents » ! D’où un fort antiparlementarisme et la montée en puissance de l’extrême droite américaine en Louisiane mais également dans tout le pays. Intégrés au Parti Républicain, ses extrémistes se revendiquent du courant « Tea Party » en référence à la révolte de Boston. Il est probable qu’ils aient plusieurs élus aux Congrès en novembre prochain.
Avant de conclure notre entretien, Sidney nous demande si la France ne voudrait pas racheter la Louisiane, pour y remettre de l’ordre (sic) ! Nous déclinons la proposition avec courtoisie : il y a déjà fort à faire chez nous.
Le ton est très différent lors de notre audience avec Mr. JOHNSON, l’un des 7 membres du Conseil Municipal de la Nouvelle Orléans. Cette homme d’une cinquantaine d’années nous reçoit avec beaucoup de simplicité et de sobriété. Notre sujet de discussion est très éloigné des campagnes électorales.
Il y a 5 ans, avec le passage de Katrina, M.JOHNSON, Sénateur d’Etat, commerçant et père de famille, a tout perdu. Tout : sa maison, ses commerces et des amis. Il est revenu à la Nouvelle Orléans dès qu’il a pu et s’est présenté aux élections municipales pour aider ses compatriotes à reconstruite leur vie. Depuis, sa priorité, avec le reste de l’équipe municipale, consiste à reconstruire la ville, lutter contre une délinquance omniprésente (La Nouvelle Orléans est parmi les 10 villes au monde où il y a le plus de meurtres) et équilibrer le budget d’une collectivité endentée à hauteur de 67 millions d’euros, presque une année d’investissement à Bordeaux.
Et comme si le sort s’acharnait, une récession économique et une catastrophe environnementale dans le Golf du Mexique sont venues s’ajouter à la liste noire.
Bon courage Mister Johnson !
« Nous sommes tous des immigrés ». J’ai entendu cette phrase à plusieurs reprises et elle m’a particulièrement marqué. Pour comprendre l’état d’esprit des américains à l’égard des communautés, il faut avoir ces mots à l’esprit. Chacun est libre de s’organiser en communauté, religieuse ou citoyenne, tant qu’il respecte les fondements démocratiques et libéraux du pays.
Pour permettre l’organisation des communautés, garantir une harmonie de vie et lutter contre la discrimination, la ville de la Nouvelle Orléans a crée une Commission pour les Relations Humaines dirigée par Larry BAGNERIS que nous rencontrons dans son bureau à la Mairie. Il est passionné et très fier de nous présenter son travail. Entouré de 18 citoyens membres de la commission, il œuvre pour le respect d’un subtile équilibre en recevant les plaintes pour discrimination (une dizaine par mois), en formant les fonctionnaires municipaux, en organisant des « testing » à l’entrée des bars nombreux à la Nouvelle Orléans… Si vous commettez un acte discriminatoire dans la ville, vous êtes passible d’une amende 500 $ d’après un décret municipal.
En quittant son bureau, il nous montre une pancarte en bois qui servait à séparer les noirs des blancs dans les bus. Elle est accrochée au mur face à son bureau, comme pour lui rappeler le caractère fondamental de sa mission quotidienne.
Etats-Unis (VII) – Ma Nouvelle Orléans
25 juil
Bye-bye Washington, Hello New Orléans !
Il est toujours très difficile de se prononcer avec justesse sur une ville lors d’un court séjour et d’une découverte parcellaire. Soyons franc, La Nouvelle Orléans, pour le trompettiste que je suis, avait acquis ma sympathie par avance.
Avant même de descendre de l’avion, malgré trois heures de retard, j’étais très excité à l’idée de découvrir cette ville emblématique. Berceau du Jazz, et par la même de tant d’autres styles musicaux, le ville affiche clairement son héritage dès l’atterrissage au « Louis Armstrong New Orleans International Airport ». En attendant les valises, du New Orleans en fond musical évidemment.
Nous sommes logés dans un hôtel tout proche du quartier français, cœur historique, musical et sentimental de la ville. C’est un véritable syncrétisme culturel : la fleure de lys est le symbole de la ville, les noms de rues sont français (Toulouse, Dauphine, Bourbon…), l’architecture est ancienne et assez basse ce qui contraste avec le quartier des affaires tout proche. Mais ne vous méprenez pas, personne ou presque ne parle français.
Sur l’artère principale, le tramway avance de bric de broc. Il emble avoir toujours été là, tel que nous l’avons déjà vu dans un film américain.
La musique est partout. Il n’est pas rare de croiser dans la rue un trompettiste ou un joueur d’hélicon déambulant au gré des opportunités. C’est amusant et folklorique mais pour beaucoup c’est surtout un moyen de subsister en faisant la manche. Beaucoup de personnes sont pauvres aux Etats-Unis, tout particulièrement dans certains Etats comme la Louisiane durement touchée par deux catastrophes environnementales.
La ville est passée de 400 000 à 280 000 habitants suite aux destructions de l’ouragan Katrina. Beaucoup ont été accueillis dans la capitale de la Louisiane, Bâton-Rouge et à Houston (Texas).
Dès notre arrivée vendredi soir, je me suis précipité sur Bourbon Street, LA rue festive et musicale. Pour vous faire une petite idée de l‘ambiance, imaginez la place de la victoire à Bordeaux avec des groupes de Jazz dans tous les coins. Avant une certaine heure (car au-delà de minuit la musique « moderne » envahit les clubs) on peut écouter du Jazz traditionnel, du News Orleans et du Blues, autant de styles musicaux où le cuivre et le chanteur sont rois.
Samedi soir, notre guide Peter, toujours aux petits ognons, nous a dégoté des invitations pour une croisière sur le Mississippi. Durant trois heures, sur un bateau tout droit sorti du dessin animé Tom Sawyer, nous dégustons du pouding au son du New Orléans. Les berges et le fleuve lui-même me font penser à Bordeaux. Le Mississippi est plus large mais sa courbe dans le ville se rapproche de notre croissant de lune. D’anciens hangars ont été transformés en commerces et un bateau de croisière est amarré au quai face à la ville. La comparaison s’arrête là car une différence importante et visible me remplit de nostalgie: la Nouvelle Orléans est l’un des plus gros ports des Etats-Unis. Les quais sont industrialisés et occupés par de nombreux bateaux déchargeant leurs marchandises.
Voici la Nouvelle Orléans que je découvre. Très cliché j’en conviens mais je ne la souhaitais pas différente.
Etats-Unis (IV) – L’abécédaire du curieux
23 juil
« La curiosité mène à tout : parfois à écouter aux portes, parfois à découvrir l’Amérique »
José Maria Eça de Queiros.
Pour être honnête, je suis plutôt américano-septique et je ne sais pas si ce séjour d’étude changera fondamentalement mon opinion. Mais tout de même, quelle nation ! Je découvre une Amérique qui croit en son avenir. Rien de semble pouvoir affecter l’optimisme de ce peuple. Remise en cause, flexibilité et mobilité sont autant de facteurs d’une réussite toujours vécue comme relative.
J’écoute, je note et espère revenir avec beaucoup d’idées neuves.
Voici mon abécédaire (I) de nos derniers rendez-vous :
Argent. Sans cette denrée rare, vous ne faîtes pas de politique aux Etats-Unis. Jérémy Mayer, professeur à la prestigieuse « Georgetown University », nous explique que la crédibilité d’un candidat est très directement liée à sa capacité à lever des fonds. C’est le critère que les médias observent lors de la préparation des campagnes électorales.
Pour espérer être élu au Congrès, il faut compter 1 millions de $.
Elite. Les appareils politiques sont faibles aux USA. Si bien que le « Sherman » (chef) du Parti Démocrate, le Gouverneur Tim Kaine, est nommé par le Président OBAMA. Les partis ne donnent une investiture que lorsque la primaire est terminée et qu’il ne reste qu’un seul prétendant. Les médias (encore eux) jouent le rôle de sélectionneur: « l’Elite des partis est remplacée par l’Elite des médias ».
Gyropode. Je suis frappé par le nombre non négligeable de personnes qui se déplacent en Segway à Washington. Nous devons parier et anticiper sur ce mode de déplacement doux qui j’en suis certain va se développer dans les années qui viennent.
International. Au Sénat, nous échangeons avec un membre du « staff » de la commission des affaires étrangères. « Nous avons besoin d’une Europe forte comme partenaire» ne cesse-t-il de nous répéter faisant référence à leur engagement historique pour soutenir financièrement et militairement la vieille Europe. « Nous avons besoin de l’Europe aussi pour nous rappeler nos échecs »… Je n’aurais pas dit mieux.
Mais les préoccupations réelles sont ailleurs : l‘omniprésence de la Chine en Afrique inquiète, les relations Mexique/Etats-Unis sur la question de l’immigration clandestine sont toujours aussi complexes, les relations avec l’Iran se tendent alors qu’OBAMA prône l’ouverture, Israël semble se dispenser de la bénédiction américaine pour agir et les intégristes pakistanais pourraient entrer au gouvernement.
OBAMA est un Président à la mentalité très occidentale. Il a souhaité réorienter la politique étrangère américaine et échanger avec de nouveaux pays. Si bien que les chefs d’Etat européens sont d’accord avec lui mais se plaignent de ne pas pouvoir le rencontrer facilement…
Justice.
Nous rencontrons Peter McCabe, Directeur-adjoint de l’administration des tribunaux. La justice américaine n’échappe pas au fédéralisme avec une distinction entre les tribunaux d’Etat et les tribunaux fédéraux. Idem pour les pénitenciers.
Alors que la justice et l’administration pénitencière fédérales sont plutôt de bonne qualité, Peter McCabe nous confesse que l’échelon étatique est souvent lent et d’une qualité variable. Phénomène probablement amplifié par l’élection des juges au suffrage universelle en fonction d’une étiquette politique ! Peu d’Etats le pratiquent encore mais autant dire que nous sommes estomaqués par cette manière de faire.
Un point fort : les citoyens américains font confiance à leur système judiciaire (et mon sentiment est qu’ils ont probablement raison). Les juges bénéficient d’une popularité assez forte ce qui n’est pas du tout le cas dans notre pays.
Magistrat. L’Ecole Nationale de la Magistrature n’a pas sa place aux Etats-Unis, pays du Common Law. Les juges fédéraux sont nommés à vie par le pouvoir exécutif. Il s’agit généralement d’avocats ou de procureurs (très) compétents. Il bénéficient ensuite d’une formation continue. Imaginez Bordeaux sans l’ENM me fait frissonner !
Ville. Au think tank « Brooking Bradley », nous abordons la construction et l’évolution des villes américaines. Si les métropoles semblent constituer le moteur économique du pays, leur décloisonnement semble difficile: les réseaux de transports en commun sont à déployer et l’intercommunalité n’existe (presque) pas. La prise de conscience autour des questions environnementales semble assez faible puisque l’étalement urbain n’est pas un problème et les initiatives en matière d’éco-habitat sont peu nombreuses.
Notre interlocutrice, Jennifer Bradley, nous explique que le France a plusieurs longueurs d’avances en matière de gestion des villes. Nous avons su anticiper l’arrivée massive de population afin de ne pas subir la densification urbaine. Pour elle, la ville du XXIème siècle sera une métropole aux transports performants, aux bâtiments basse consommation, qui soutient les entreprises innovantes et qui favorise les mixités. Comme ne pas reconnaitre la trajectoire prise par la ville de Bordeaux dans ce descriptif ?
Ma curiosité est de plus en plus satisfaite.











