TRIBUNE – Vers une nouvelle démocratie locale à Bordeaux (I)

Concertation de la place St Michel - 2010Monsieur le Maire l’a annoncé ce matin lors des vœux à la presse : les conseils des quartiers bordelais vont être relookés en 2011 ! Et cela passera par une expérimentation dans 2 quartiers de la ville dont le nôtre. Pour faire suite à cette actualité, je précise ici ma pensée et les arguments qui m’ont conduit à soutenir cette nécessaire évolution.

Ma conviction est la suivante : dans une démocratie moderne, la qualité d’une décision politique est aussi importante que la manière dont celle-ci est produite.

Si l’élu, détenteur final de la décision, doit conserver son libre-arbitre, et le privilège d’être jugé en fin de mandat, il doit redoubler d’effort pour que la forme, c’est-à-dire la concertation et parfois la co-construction, soit irréprochable en amont.

Je pense que plus de démocratie participative est souhaitable car c’est la promesse de décisions meilleures (parce que plus rationnelles et mieux acceptées par les citoyens) et de « citoyens meilleurs » (parce que plus concernés, informés et actifs). Mais c’est aussi pour moi un vecteur d’intégration et une manière de transformer les relations sociales par une plus grande égalité politique. En effet, la désocialisation renforce avant tout l’individualisme, lequel se ressent chaque jour un peu plus, du simple papier jeté par terre à l’isolement social, en passant par le non exercice du droit de vote. Tout mettre en œuvre pour favoriser la participation des citoyens à la décision politique est aussi une manière de lutter contre l’individualisme en réaffirmant la responsabilité partagée.

La « disqualification politique » des populations les plus socialement défavorisées caractérise aujourd’hui les sociétés contemporaines et tout particulièrement les tissus urbains. Il faut être issu d’un certain milieu social pour avoir l’envie et l’idée de participer, sous quelque forme que ce soit (vote, association, concertation…), à la vie publique. En ce sens, la démocratie participative, lorsqu’elle vise à associer le plus grand nombre à la prise de décision, et notamment les populations les plus fragiles, est un outil pour lutter contre une forme d’inégalité sociale.

Face à la crise de confiance que subit le politique, notamment palpable par la montée de l’abstention, la démocratie participative est aussi un outil pour « redorer » le blason de la Politique et renforcer la légitimité des élus.

La démocratie participative ne signifie en aucun cas un transfert de pouvoir dans les mains du peuple et une recherche de la démocratie directe par nature irréaliste et éloignée de l’intérêt général. La décision finale restera entre les mains des élus. Il s’agit de s’astreindre à une discussion préalable avec les citoyens concernés par la décision à prendre. Rien n’empêche les élus de ne pas suivre l’avis populaire tant que le choix est argumenté et expliqué par la suite.

On pourrait penser que la démocratie participative conduise à une généralisation du consensus mou, or ce n’est pas le cas. Au contraire, la qualité du débat est plus élevée car celui-ci est organisé ; les oppositions perdurent et la décision finale appartient toujours aux élus.

A Bordeaux, nous avons mis en place une gouvernance de proximité en rapprochant le lieu de prise de décision du terrain grâce aux Mairies, Elus et Conseils de quartier. C’est un effort aussi considérable que nécessaire qui a été entrepris, améliorant d’autant l’efficacité de la municipalité et la légitimité de l’équipe municipale.

On peut distinguer quatre niveaux complémentaires d’associations des habitants dans la perspective d’une décision à prendre : information, consultation, concertation et co-décision. Une démocratie participative suppose une combinaison de ces différentes méthodes en fonction du sujet et de l’objectif recherché. A Bordeaux, nous avons recours aux trois pratiques avec une large place laissée à la concertation.

La gouvernance de proximité était une première étape de la participation des citoyens à la décision politique, nous souhaitons maintenant y adjoindre de sincères dispositifs de co-décision.

Vers un conseil de quartier composé de membres identifiés.

« Les masses font du bruit, les citoyens délibèrent ; les masses se heurtent, les citoyens s’engagent, partagent et contribuent » BARBER

Telle pourrait être la maxime qui résume notre volonté.

La forme actuelle de nos Conseils de Quartier incite à la participation des « habitants » plus que des « citoyens ». D’où la généralisation des discussions d’environnement immédiat que nous affectionnons tant… Réformer nos Conseils de Quartier, c’est aussi faire appel aux citoyens et non pas éliminer les questions parfois rébarbatives et insolubles (poubelles, crottes de chiens…) mais éviter les plaintes trop localisées (pour ça, il y a Allo Proximité et la Mairie de Quartier) et diversifier les débats pour niveler par le haut.

Autrement dit, remettre un peu de Politique, au sens noble du terme, dans les débats du Conseil de Quartier.

En voulant réformer nos Conseils de Quartiers, nous devons avoir à l’esprit le dilemme suivant : si ils ne demeurent qu’une assemblée générale informative, ils continueront à perdre en fréquentation faute de crédibilité. A l’inverse, si ils s’érigent en contre-pouvoir menaçant les règles du suffrage universel, nous ne pourrons les tolérer. D’où un dosage subtil en focntion de chaque quartier pour que la démocratie représentative ne s’en trouve pas perturbée mais enrichie.

La mobilisation des Conseils de Quartier dépendra de leur capacité à émettre un avis éclairé et entendu par l’équipe municipale. Si tout semble joué d’avance, ou si il s’agit d’un simple espace d’information, comment intéresser le citoyen ordinaire ? La mobilisation pourrait être au rendez-vous si 2 conditions sont réunies : un véritable enjeu à la discussion (un objectif partagé, éventuellement une controverse) et un dispositif crédible.

Voilà pour mon opinion (très théorique j’en conviens) sur cette délicate mais passionnante question. J’aurai l’occasion ici de vous présenter le détail de cette réforme et ses conséquences concrètes dans notre quartier. Un chose est certaine : la forme que nous voulons donner à nos conseils de quartiers, loin d’être évidente, ne sera ni la meilleure, ni un aboutissement. La participation des citoyens n’est pas une science exacte mais un exercice en perpétuelle évolution. A suivre donc…

Prochain Conseil de quartier : 30 novembre, 19h !

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