190101_14291080_460x306Depuis le départ des charrettes, la rue Élie-Gintrac a perdu la moitié de ses commerces. Les travaux de réhabilitation sont en marche .

Ils déballaient à 4 h 30 tous les matins. Ça gueulait fort. Les commerçants, eux, levaient le rideau vers 5 heures pour être raccord. Des bouchers, des cafetiers, des maraîchers, des épiciers et surtout les 40 charrettes. Chargées de fruits et légumes de saison. La rue Élie-Gintrac en ébullition permanente.

Nicole Lucas a vendu là ses premières oranges, elle avait 13 ans la première fois. Avec sa voix de sirène hurlante et sa clope au bec, elle est devenue la patronne de la rue. « Quand les charrettes sont parties pour s’installer sur le parvis du marché, la rue est morte, commence-t-elle. La moitié des commerces ont fermé, mais beaucoup étaient atteints par la limite d’âge, 80 balais ! De toute façon, ici, on se marchait sur les pieds, il fallait changer d’époque. »

Constats déprimants
Il y a deux ans, les charrettes votent et décident donc de s’installer sur le parvis. Évelyne, la doyenne des commerçantes aux charrettes, ne regrette rien. « J’ai 77 ans, lâche-t-elle. Avant on les gênait les commerçants de la rue Gintrac, maintenant on les gêne aussi ? Ici, c’est mieux, on est plus accessibles, mais on a froid. Dans la rue, on était protégés par les maisons. »

Rue Élie-Gintrac, entre les Capucins et la Victoire, les trottoirs sont défoncés et les piétons marchent sur la chaussée. Beaucoup de rideaux ont été définitivement tirés. On s’y gare, un peu n’importe comment, mais on ne s’y arrête plus. Constat amer.

Luc Sallier tient toujours sa célèbre épicerie. Véritable caverne d’un Ali Baba gourmand et cosmopolite, depuis 1953 : « On a perdu de l’ambiance, et un peu de clientèle. Je crains un peu les travaux pour les désagréments causés, mais ça ne peut qu’être bénéfique à l’animation de la rue. Ici, on a été jusqu’à 10 employés, aujourd’hui on est deux et demi. »

El Houssine Sadik, à la Boucherie Moderne, hoche la tête. Il a ouvert dans la rue Élie-Gintrac, il y a vingt-trois ans. « J’ai perdu 60 % de chiffre d’affaires. Je continue mais juste pour tenir. De toute façon aujourd’hui, mon pas-de-porte n’intéresse personne. Les gens ne viennent plus. Et pendant les travaux, qui va faire bouillir la marmite ? On n’aura plus de clients avec ces trous partout dans le trottoir. Les charges et le loyer, eux, restent les mêmes. » Depuis le 6 septembre, les premiers marteaux-piqueurs ont fait trembler la rue Élie-Gintrac. Des nuisances qui vont durer encore cinq mois, jusqu’en février 2011.

Alors oui, les commerçants sont inquiets. Christophe Meschin, installé boucher depuis quatre ans, a suivi chacune des réunions de concertation « Si je ne pouvais y aller, je me faisais lire le compte-rendu », affirme-t-il. Globalement, nous sommes plutôt satisfaits que les choses bougent, ça devenait la catastrophe. Cette rue souffre depuis le départ des charrettes, c’est sûr. »

Des arbres en plus
Hier à midi, Alain Moga et Fabien Robert, tous deux maires adjoints des quartiers Capus-Victoire, ont sorti les plans de travaux. « Nous avons tenu des réunions de concertation qui ont grandement influencé nos plans initiaux, admet Alain Moga. Cette stratégie d’information en amont, tout comme nous l’avons fait pour la requalification de la route de Toulouse, nous permet d’imposer nos choix avant que la CUB ne le fasse. »

Requalification de la rue Élie-Gintrac. « Il fallait attendre que les charrettes soient parties pour entamer ces travaux, signale Fabien Robert. Mais ce n’est pas nous qui les avons fait partir… Il s’agit d’un vieux projet qui consiste à libérer la rue Élie-Gintrac pour accéder aux Capus. Sécuriser les piétons, notamment les étudiants qui rallient la Victoire au restau U. Il fallait aussi faciliter les livraisons des commerçants. »

« Il faut donner une deuxième vie à la rue, le temps est passé, ajoute Nicole Lucas. Et puis ce sera vraiment joli ce qu’ils vont nous faire. »

Exemple ? Des arbres. Oui quatre arbres, dont on ne connaît pas encore l’essence, seront plantés dans le tronçon de trottoir entre la rue Leyteire et les Capus. Pas de bancs pour s’asseoir à l’ombre des grands feuillus cependant. « On mettrait peut-être davantage d’arbres si le sous-sol nous le permettait », ajoute Fabien Robert. Les deux élus semblent vraiment satisfaits de leur projet concerté qui, disent-ils, se situe « en cohérence avec la réhabilitation de Saint-Michel… »

240 000 euros de travaux

Les travaux ont débuté le 6 septembre et devraient s’achever en février 2011. Ils concernent, rue Élie-Gintrac, le tronçon entre le carrefour Leyteire et la place des Capucins, soit 150 mètres. La facture va s’élever à 240 000 euros. Le stationnement autorisé pour une douzaine de véhicules va disparaître et seulement quatre véhicules pourront désormais se garer. En revanche, le trottoir sera plus large et la chaussée d’autant réduite, avec la création d’une zone 30, c’est-à-dire semi-piétonne. En clair, les piétons auront la priorité, ils pourront marcher sur la chaussée. Au carrefour (réputé dangereux) Leyteire-Élie-Gintrac, la chaussée sera surélevée afin de créer un ralentissement naturel, une même surélévation est prévue au bout de la rue, côté Capus.

 

I.CASTERA

Sud Ouest