Dans les jours qui viennent, François Bayrou va devoir répondre à une question essentielle. De la crédibilité de sa réponse dépendra en grande partie sa victoire. Cette interrogation est une vieille amie puisqu’insuffisamment anticipée, c’est elle qui en 2007 lui avait coûté son accession au 2d tour. Elle est simple et questionne tous les français qui pourraient voter pour François Bayrou : avec quelle majorité gouvernera-t-il ?

Le Mouvement Démocrate, numériquement parlant, ne boxe pas dans la même catégorie que l’UMP et le PS. Ce n’est pas selon moi un handicap pour cette élection. En effet, cette échéance ne sera pas celle des partis et autres appareils politiques lourds, usés, souvent discordants et si peu représentatifs des français. Cette échéance, c’est le choix du peuple pour une personne ; une personne porteuse d’idées (enfin il vaut mieux…) mais avant tout une personne.

Si les élections intermédiaires ont été difficiles pour notre famille politique, c’est de part la faiblesse de notre appareil politique. Or, en 2012, ce handicap devient une chance. Nous avons un candidat légitime (contrairement aux Verts), un mouvement qui parle d’une seule voix (contrairement au PS) et des militants qui, forts de leur liberté, sont plus motivés que jamais et n’ont rien à perdre (ce qui n’est pas le cas à l’UMP).

Depuis l’instauration du quinquennat, l’élection législative est devenue une réplique de l’élection présidentielle. Le Président élu peut compter sur une majorité que les français lui donnent à coup sûr. Pourquoi en serait-il autrement pour François Bayrou ? Il est assez curieux de constater qu’en 1981, la même question était posée à François Mitterrand par les observateurs qui doutaient de sa capacité à gouverner par la suite. Il répondait, faussement surpris et avec la hauteur qu’on lui connaît : « vous pensez les français assez inconstants pour m’élire sur un programme et ne pas me donner la majorité dont j’ai besoin pour le mettre en application ? ».

François Bayrou aura une majorité présidentielle pour gouverner. Pas une majorité MoDem, pas une majorité centriste mais une majorité centrale dont émanera un gouvernement d’Union Nationale.

Il est bien évident que l’élection de François Bayrou ne se traduira pas par le débarquement de 300 « députés oranges » au palais Bourbon. Ce n’est ni réaliste, ni notre objectif. Nous ne voulons pas distribuer des postes mais être le point de rassemblement de celles et ceux qui veulent construire un nouveau modèle de société pour sortir notre pays de l’impasse, qu’ils viennent du centre, de la droite ou de la gauche. Une telle majorité sera impossible avec François Hollande ou Nicolas Sarkozy, l’un et l’autre allant continuer d’opposer la moitié des français à l’autre moitié.

Pour imaginer la majorité sur laquelle François Bayrou va s’appuyer, il faut bien avoir à l’esprit que son élection à la Présidence de la République se traduira par l’implosion de l’échiquier politique et par une recomposition propice au rassemblement central. Nombre de responsables politiques aujourd’hui prisonniers du système PS ou UMP se rassembleront derrière notre projet d’Union Nationale dès le soir du 2d tour, après avoir loyalement défendu leur candidat premier. Ils viendront nourrir les rangs de cette majorité présidentielle en s’ajoutant aux soutiens historiques.

Le peuple a le pouvoir d’imposer, contre des partis et les intérêts individuels, une large majorité, représentative des français et assez légitime pour prendre les difficiles décisions qui s’imposent. Elle sera diverse et réunira autour d’un programme clair toutes celles et ceux qui le souhaitent, sans promesses et autres tripatouillages. Certes, elle est aujourd’hui invisible et silencieuse, recouverte par une solide chape de plomb. Mais elle existe belle et bien, de Vincent Peillon à Alain Juppé, pour ne citer qu’eux…

Evidemment, les appareils politiques classiques, aux mains d’esprits manichéens tenant du bipartisme, vont se défendre et tout faire pour que cette recomposition n’arrive pas. Il suffit de voir comment le PS multipliait les clins d’œil un temps et comment l’UMP ne cesse de courtiser de François Bayrou… Nous n’avons rien demandé, frappé à aucune porte. François Bayrou doit poursuivre son chemin sans céder au chant des sirènes et en continuant de demeurer le seul point de rassemblement pour reconstruire la France. Et c’est à ce prix, et à ce prix seulement, que la politique changera vraiment dans notre pays.