« Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage »

Je suis fier d’avoir fait cette campagne, même si François Bayrou ne sera pas le prochain Président de la République. Les français en ont décidé ainsi. Je suis triste et regrette que l’espoir et l’ambition portés par François Bayrou n’aient pas réussi à convaincre plus de citoyens.

Le nombre élevé des indécis nous aura fait espérer jusqu’au bout.

François Bayrou confirme néanmoins la force de son message, la pertinence de sa vision et son rôle dans les semaines et mois qui viennent pour relever la France.

Il faudra tirer tous les enseignements de ce score. François Bayrou a dit la vérité, une vérité peut être moins convaincante que la démagogie… François Bayrou a proposé l’Union Nationale et s’est ainsi heurté aux deux grands blocs bien décidés à ne pas renoncer à leur habituelle alternance. François Bayrou a refusé le populisme dans lequel se sont réfugiés de nombreux électeurs inquiets, déçus et contestataires. Comment leur en vouloir…

Nous devons aussi nous poser de vraies questions sur notre stratégie. Tout n’est pas de la faute des autres.

Le plus grave, c’est que les français devront choisir dimanche entre deux candidats qui ne seront ni l’un, ni l’autre, en mesure de réaliser ce qu’ils ont promis. Changement ou Force, croyez-moi, les lendemains ne seront probablement pas heureux.

Nous sommes maintenant dans une situation cruciale.

Nous devons faire un choix concerté et guidé par un seul et unique critère : l’intérêt général. François Bayrou a rassemblé des millions de français sur un programme clair et lisible : Produire, Instruire, Construire. Personnellement, je n’ai encore pris aucune décision. J’attends de voir ce que les deux candidats qualifiés proposeront dans les jours qui viennent pour tenir compte (ou non) de nos idées. Je me sens très libre.

Nous sommes à l’aube d’une paysage politique nouveau. Il nous faut dès aujourd’hui penser l’après et la reconstruction d’une famille politique centrale, modérée et force de proposition face à la gouvernance probable d’un camp contre l’autre. Autour de François Bayrou, j’appelle de mes vœux ce large rassemblement capable de présenter des candidats aux élections législatives dans toutes les circonscription de France, de Navarre et de Gironde.

François Bayrou est l’homme sans qui je ne me serais probablement jamais engagé en politique. Alors même si il y a de la déception ce soir, je ne connais qu’une seule attitude en pareil situation : ne pas perdre espoir et vingt fois sur le métier remett[re] votre ouvrage* (Nicolas Boileau).

- – -

*Hâtez-vous lentement, et sans perdre courage,
Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage,
Polissez-le sans cesse, et le repolissez,
Ajoutez quelquefois, et souvent effacez.

TF1 4/04/2012 – Referendum Citoyen organisé à Bordeaux


Référendum citoyen par pbraun

L’axe Fillon-Juppé : le coup d’après ?

François Fillon est une anomalie dans la 5ème République. Un Premier Ministre d’arrière plan, plus populaire que le Président de la République. Il est aussi tout à fait atypique par ce qu’il dégage de confiance et de détermination aujourd’hui encore lors de sa venue à Bordeaux alors que la Majorité Présidentielle, convaincue de sa défaite, a le moral dans les chaussettes. Il donne aussi le sentiment d’être un homme droit et simple au-delà des désaccords de fond.

La complicité affichée avec Alain Juppé est assez troublante si l’on se remémore l’entrée de ce dernier au gouvernement. Les deux hommes s’apprécient mais sont à la tête de chapelles différentes et parfois concurrentes dans les mouvements internes à la majorité. Leurs différences sur l’Europe étaient importantes il y a quelques années mais tout ceci semble réglé (Alain et moi, nous avons la même vision dixit François Fillon).

Je retiens du discours du Premier Ministre, sans annonce fracassante, un moment qui ne manquait pas de piquant : « Alain et moi avons été parmi les premiers à dénoncer l’endettement de la France […] Le travail d’Alain Juppé et Michel Rocard est l’exemple de ce que devrait être la politique en France […] Les grands enjeux actuels ne sont ni de droite, ni de gauche […] » Je me suis demandé à ce moment précis devant quel François j’étais…

François Fillon et Alain Juppé soutiennent loyalement le Président de la République. Mais je ne peux m’empêcher de me demander le véritable motif de cette venue à Bordeaux. Certes la signature de l’initiative d’excellence pour l’Université de Bordeaux, c’est important. J’en profite pour dire que la réforme de l’Université française est probablement l’un des domaines où ce gouvernement a réussi son travail en y mettant les moyens. Mais le Premier des Ministres en personne doit-il se déplacer pour bénir cette signature ? Le seul Ministre de l’Enseignement supérieur (présent lui aussi aujourd’hui) accompagné du Maire de Bordeaux et néanmoins Ministre d’Etat aurait pu suffire je crois.

Et si les accolades Fillon-Juppé étaient en réalité destinées à jouer le coup d’après ?

La défaite de Nicolas Sarkozy est aujourd’hui sur les lèvres de tous les membres de la majorité. Elle laisserait un grand vide à droite et une famille politique à reconstruire, tiraillée par une Droite Populaire prête à faire alliance avec le FN et les humanistes qui auront soutenus François Bayrou. Pour fédérer, il faudra alors un chef incontesté, si possible sans ambition personnelle, capable de manœuvrer un bateau au bord du naufrage.

Alain Juppé semble tout indiqué pour jouer ce dernier rôle. François Fillon serait quant à lui légitime pour briguer l’investiture en 2017. Il faut pour cela que l’attelage fonctionne. Rien de tel alors qu’une petite visite en terre bordelaise pour montrer que les deux hommes s’entendent bien, au grand dam de Jean-François Coppé qui ne sera pas en mesure de résister à l’axe Juppé-Fillon.

J’arrête là la politique fiction. Ce n’est que mon avis, engagé que je suis dans la campagne de François Bayrou, et il ne s’agit sans doute que d’un machiavélique écart de pensée…

François Bayrou aura une majorité centrale pour gouverner

Dans les jours qui viennent, François Bayrou va devoir répondre à une question essentielle. De la crédibilité de sa réponse dépendra en grande partie sa victoire. Cette interrogation est une vieille amie puisqu’insuffisamment anticipée, c’est elle qui en 2007 lui avait coûté son accession au 2d tour. Elle est simple et questionne tous les français qui pourraient voter pour François Bayrou : avec quelle majorité gouvernera-t-il ?

Le Mouvement Démocrate, numériquement parlant, ne boxe pas dans la même catégorie que l’UMP et le PS. Ce n’est pas selon moi un handicap pour cette élection. En effet, cette échéance ne sera pas celle des partis et autres appareils politiques lourds, usés, souvent discordants et si peu représentatifs des français. Cette échéance, c’est le choix du peuple pour une personne ; une personne porteuse d’idées (enfin il vaut mieux…) mais avant tout une personne.

Si les élections intermédiaires ont été difficiles pour notre famille politique, c’est de part la faiblesse de notre appareil politique. Or, en 2012, ce handicap devient une chance. Nous avons un candidat légitime (contrairement aux Verts), un mouvement qui parle d’une seule voix (contrairement au PS) et des militants qui, forts de leur liberté, sont plus motivés que jamais et n’ont rien à perdre (ce qui n’est pas le cas à l’UMP).

Depuis l’instauration du quinquennat, l’élection législative est devenue une réplique de l’élection présidentielle. Le Président élu peut compter sur une majorité que les français lui donnent à coup sûr. Pourquoi en serait-il autrement pour François Bayrou ? Il est assez curieux de constater qu’en 1981, la même question était posée à François Mitterrand par les observateurs qui doutaient de sa capacité à gouverner par la suite. Il répondait, faussement surpris et avec la hauteur qu’on lui connaît : « vous pensez les français assez inconstants pour m’élire sur un programme et ne pas me donner la majorité dont j’ai besoin pour le mettre en application ? ».

François Bayrou aura une majorité présidentielle pour gouverner. Pas une majorité MoDem, pas une majorité centriste mais une majorité centrale dont émanera un gouvernement d’Union Nationale.

Il est bien évident que l’élection de François Bayrou ne se traduira pas par le débarquement de 300 « députés oranges » au palais Bourbon. Ce n’est ni réaliste, ni notre objectif. Nous ne voulons pas distribuer des postes mais être le point de rassemblement de celles et ceux qui veulent construire un nouveau modèle de société pour sortir notre pays de l’impasse, qu’ils viennent du centre, de la droite ou de la gauche. Une telle majorité sera impossible avec François Hollande ou Nicolas Sarkozy, l’un et l’autre allant continuer d’opposer la moitié des français à l’autre moitié.

Pour imaginer la majorité sur laquelle François Bayrou va s’appuyer, il faut bien avoir à l’esprit que son élection à la Présidence de la République se traduira par l’implosion de l’échiquier politique et par une recomposition propice au rassemblement central. Nombre de responsables politiques aujourd’hui prisonniers du système PS ou UMP se rassembleront derrière notre projet d’Union Nationale dès le soir du 2d tour, après avoir loyalement défendu leur candidat premier. Ils viendront nourrir les rangs de cette majorité présidentielle en s’ajoutant aux soutiens historiques.

Le peuple a le pouvoir d’imposer, contre des partis et les intérêts individuels, une large majorité, représentative des français et assez légitime pour prendre les difficiles décisions qui s’imposent. Elle sera diverse et réunira autour d’un programme clair toutes celles et ceux qui le souhaitent, sans promesses et autres tripatouillages. Certes, elle est aujourd’hui invisible et silencieuse, recouverte par une solide chape de plomb. Mais elle existe belle et bien, de Vincent Peillon à Alain Juppé, pour ne citer qu’eux…

Evidemment, les appareils politiques classiques, aux mains d’esprits manichéens tenant du bipartisme, vont se défendre et tout faire pour que cette recomposition n’arrive pas. Il suffit de voir comment le PS multipliait les clins d’œil un temps et comment l’UMP ne cesse de courtiser de François Bayrou… Nous n’avons rien demandé, frappé à aucune porte. François Bayrou doit poursuivre son chemin sans céder au chant des sirènes et en continuant de demeurer le seul point de rassemblement pour reconstruire la France. Et c’est à ce prix, et à ce prix seulement, que la politique changera vraiment dans notre pays.