La semaine de vacances que je viens de passer fut reposante, ensoleillée et presque déconnectée de ma mission municipale. J’écris presque car je n’ai pu m’empêcher de glisser un rendez-vous de travail lors de quelques jours passés à Barcelone.

Le 14 juillet (qui n’est pas un jour férié en Espagne), j’ai rencontré Monsieur Joaquim MESTRE I GARRIDO, l’un des 4 adjoints du Maire de Barcelone. Monsieur MESTRE est chargé des « Droits Civils », une délégation inconnue en France mais qui en Espagne est de la première importance. Elle traite toutes les questions liées aux droits humains, aux affaires religieuses et à la lutte contre toutes formes de discriminations.

Marik FETOUH, Fabien ROBERT et Joaquim MESTRE
Marik FETOUH, Fabien ROBERT et Joaquim MESTRE

Après plus d’une heure d’entretien où Monsieur MESTRE nous a présenté le plan municipal de lutte contre les discriminations, et comparativement à ce que nous faisons en France et à Bordeaux, je retiens 4 actions majeures.

Tout d’abord, la ville de Barcelone dispose depuis plus de 10 ans d’un bureau pour la non-discrimination dont l’objet est de « promouvoir les droits de l’homme, de garantir l’égalité des citoyens et de lutter contre la discrimination sous toutes ses formes ». Ce service, qui emploie 7 personnes, est notamment chargé de recueillir les plaintes des citoyens. Il met à leur disposition, de manière personnalisée et confidentielle :

- une information en matière de droits
- une écoute attentive (un psychologue et plusieurs assistantes sociales sont membres de l’équipe),
- une médiation en cas de conflit lié à une discrimination
- un conseil juridique
- une formation

Je trouve ce bureau absolument exemplaire en matière de lutte contre les discriminations. Ses résultats sont aujourd’hui attestés par une baisse significative des actes discriminatoires dans la ville de Barcelone.

Dispositif plus original : le bureau des affaires religieuses. Il s’agit d’un autre service chargé de garantir la liberté de conscience et de religion en veillant notamment à ce que toutes les visions de la vie, religieuses ou non, soient reconnues et respectées. Ce bureau informe le public sur les différentes religions, accompagne les communautés dans leurs gestions quotidiennes et assure une médiation entre ces communautés en cas de conflit.

Je pense qu’un tel bureau pourrait paraitre quelque peu « décalé » dans notre pays. Il s’agirait pourtant d’un formidable outil pour enrichir notre laïcité en assurant une égalité entre toutes les communauté relieuses. Il ne suffit pas de dire que tel ou tel signe distinctif, voir ostentatoire, « n’est pas le bienvenu » dans notre pays pour régler un problème à caractère religieux. Nous devons assurer une meilleure information/médiation entre les communautés et à destination des non-croyants pour que l’ignorance ne conduise pas à la peur, et parfois à la haine.

Ensuite, la ville de Barcelone élabore actuellement un plan LGBT (lesbiennes, gays, bisexuels, et transsexuels) destiné à lutter contre les discriminations homophobes et à assurer l’intégration des membres de la communauté gay. Ce travail, qui aura duré un an, devrait faire l’objet d’un ensemble de mesures qui seront adoptées en fin d’année. Lors de ce rendez-vous, j’étais accompagné de Marik FETOUH, porte-parole du MoDem 33 chargé de la lutte contre les discriminations. Si vous souhaitez avoir plus d’informations sur cette question, je vous renvoi vers son billet sur le site de Centr’Egaux, l’association LGBT du MoDem : http://www.centregaux.net

Enfin, la ville de Barcelone dispose de 30 Conseils Municipaux qui garantissent la représentation des communautés et, d’une certaine manière, la démocratie consultative : CM de la Diversité (même si ce mot n’est pas employé en Espagne), CM des jeunes, CM des Séniors, CM LGBT, CM des femmes…

A noter que ces mesures de lutte contre les discriminations (à l’exception du plan LGBT qui n’a pas encore été adopté) font l’objet d’un large consensus entre les 5 groupes du Conseil Municipal.

Je ne vous cache pas qu’une telle présentation m’a coupé le souffle à plusieurs reprises. En Espagne, la question de la lutte contre toutes les formes de discriminations semble complètement dépassionnée et traitée avec une rigueur et une efficacité remarquable.

Je ne connais pas de dispositif similaire en France et pour cause : nous avons traité le problème à l’envers en préférant l’affichage à l’action réelle.

Il nous semble ainsi inconcevable de ne pas présenter de candidats issus des minorités sur nos listes municipales, régionales et lors des élections uninominales. De même, nous nous intéressons essentiellement à la question des minorités visibles en focalisant sur les discriminations ethno-raciales. D’une certaines manières, nous priorisons les discriminations, recréant ainsi un forme d’inégalité in fine.

En Catalogne, il n’y a qu’un seul député issu de la minorité visible. Dans le CM de Barcelone, aucun représentant des minorités visibles ou invisibles. Et pourtant, l’efficacité de leurs actions pour la non-discrimination est exemplaire.

Nous avons là je crois, pour le Mouvement Démocrate de la Gironde et sa commission sur la lutte contre les discriminations, un bon exemple pour assoir notre réflexion.

La campagne de communication de la ville de Barcelone

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* le titre de mon billet reprend le slogan de la campagne de communication de la ville de Barcelone autour de son plan de lutte contre toutes les formes de discriminations.