Pourquoi je soutiens La Maison PRODOMO
20 mai
Dans la vie d’un élu de quartier, il y a des projets sympathiques, ludiques et faciles à mettre œuvre. La population est enthousiaste et l’élu qui soutient le projet se fait au passage un bon coup de pub. Et puis il y a parfois des projets beaucoup plus nécessaires mais difficiles à mettre en œuvre, essentiellement parce qu’ils répondent à l’intérêt général mais ne satisfont pas à la demande immédiate de la population (ce que l’on appellerait, au niveau national, l’opinion public).
Je crois malgré tout que ce projet est l’une des solutions pour résoudre le problème des SDF dans notre quartier.
Je ne néglige pas les oppositions et questions des riverains et des commerçants. Je comprends leurs inquiétudes. Bien sûr le risque existe ! Comme lorsque nous avons implanté différents lieux d’accueil : le Foyer LEYDET à Nansouty, le CEID rue Planterose, la Maison de Marie… A chaque fois, quelques réglages ont été nécessaires mais aujourd’hui la cohabitation se passe bien.
Je crois avoir, sur ce dossier, le devoir de rester optimiste, de tout faire pour expliquer le projet et rassurer la population. Nous n’avons pas le droit de tomber dans le « oui, mais pas à côté de chez moi », cela ne serait pas responsable.
Chaque semaine depuis un an, les riverains et commerçants se plaignent de la présence de ces jeunes avec leur chiens. On nous reproche, nous élus, de ne rien faire et de laisser ces SDF dans la rue. Lorsque enfin un projet émerge pour apporter un début de solution en sortant ces jeunes de la rue, on nous accuse de vouloir attirer encore plus de marginaux… La contradiction est évidente. Il s’agit au contraire d’endiguer ce phénomène en sortant ces jeunes de la rue pour les amener vers une structure de resocialisation dans le quartier où ils déambulent.
Pourquoi dans le quartier ? Parce qu’il faut avoir le courage de traiter le problème là où il se trouve, là où ça fait mal.
Je ne doute pas qu’un tel parti pris m’attire un certain nombre d’inimitiés. Je resterai malgré tout à l’écoute de chacun pour essayer de convaincre le plus grand nombre.
La Maison PRODOMO sera :
- une pension de famille pour des jeunes qui veulent sortir de la rue et de l’errance
- une structure encadrée par une équipe d’éducateurs professionnels du CEID, 365 jours/an et 24h/24
- un programme d’accompagnement personnalisé d’insertion : de 14h à 17h, les jeunes seront en formation ou en activités
- réservée à 14 jeunes seulement dans un premier temps
- un établissement à l’écoute des préoccupations des riverains : l’équipe sera joignable 24h/24 via un n° de portable
- un projet porté par l’Etat et le Conseil général pour lequel la Mairie apporte sa collaboration principalement financière
La Maison PRODOMO ne sera pas :
- un lieu d’hébergement d’urgence ou de distribution de repas
- une halte de jour pour toxicomanes : il en existe déjà une, rue Planterose, qui ne pose aucun problème aux riverains
- une structure où les jeunes seront livrés à eux-mêmes
- un chenil : les chiens, qui sont leurs compagnons de route, resteront avec leurs maîtres et dormiront avec eux
Aider les jeunes en errance (3) – La Maison PRODOMO dans le détail
20 mai
- Quel est le diagnostic ?
Le constat de départ est le suivant : les jeunes (25/35 ans), souvent accompagnés d’un chien, qui vivent dans la rue sont nombreux dans le secteur Sainte-Catherine / Victor Hugo. Cette présence s’explique essentiellement par l’opportunité de pouvoir y récolter quelques pièces en faisant la manche.
Les nuisances occasionnées sont multiples et pénalisantes pour le cadre de vie et l’activité commerçante.
Dès 2005, un travail partenarial (Etat – ville de Bordeaux – Conseil Général) permet la mise en place d’une première réponse. Le CEID (Centre d’Etude et d’Information sur les Drogues) se voit alors confier une mission « Jeunes en errance » afin d’apporter à ces jeunes des solutions de resocialisation durables et de réduire les nuisances occasionnées pour les riverains et commerçants avoisinants.
- Qu’est ce que cette Maison ?
La Maison PRODOMO est un projet de résidence de 25 logements pour des jeunes en errance porté par le Centre d’Etude et d’Information sur les Drogues (CEID).
- Pourquoi cette Maison ?
Le travail mené par le CEID est un parcours en 3 étapes :
- Le travail de rue :
Le CEID suit les déplacements de cette population. Ce travail permet d’identifier tout nouvel arrivant, de pouvoir poser un premier diagnostic et de proposer un référentiel d’adresses utiles (soins, hébergement, hygiène,…). 344 jeunes en errance ont été rencontrés par les éducateurs de rue en 2008.
- Les ateliers « arts de la rue » :
Les arts de la rue (cirque, musique, théâtre) ne sont ici qu’un moyen d’amorcer un déplacement (les ateliers ont lieu dans le quartier Saint-Genès où il est important de noter que la cohabitation avec le voisinage se passe bien) et la construction d’un travail commun.
L’animation est assurée par 6 professionnels et 1 éducateur qui encadrent les ateliers et favorisent pour chaque jeune un projet personnalisé.
En 2008, 67 jeunes ont fait la démarche d’aller vers ces ateliers.
- La maison PRODOMO :
Enfin, en prolongement des actions menées, le projet global PRODOMO vise à ouvrir 25 places d’hébergement adaptées à cette population.
Il s’agit d’un complément indispensable aux deux premières étapes. En effet, lorsqu’un jeune manifeste l’envie de s’en sortir, au « bout du bout », sans cette résidence, aucune solution durable n’est proposée. La rechute est alors probable.
Le dispositif s’appuie sur une démarche graduée en fonction de l’avancée des sujets dans leurs parcours d’autonomisation et de l’acquisition des capacités minimales nécessaires à l’inscription dans un logement durable.
Le bailleur social In’cité a fait l’acquisition pour ce projet d’un immeuble situé 35 rue des Augustins avec deux cours intérieures pour l’accueil des chiens.
- La question de l’accueil des chiens :
La question des chiens est importante. Il ne s’agit pas de réaliser un chenil mais de prendre en compte une réalité. Il y a encore 2 ans, lorsque j’ai commencé à me pencher sur cette question, je ne croyais pas moi-même à l’intégration des chiens dans les lieux de résidence. Pourtant, lors de la campagne municipale de 2008, j’ai été frappé par l’importance de ce détail. Ils ne s’en sépareront jamais et préféreront rester dans la rue car il s’agit souvent de leur seule présence quotidienne. Je ne suis pas dupe et je sais que certains maltraitent leurs chiens. La Maison PRODOMO devra justement permettre un suivi régulier de ces animaux.
- Combien ça coûte ?
Le budget prévisionnel de l’investissement est de 2 074 793 €. Le CEID participerait aussi à la réhabilitation du fait de son agrément pour encadrer des chantiers d’insertion. Il sera envisagé bien entendu d’y intégrer de futurs bénéficiaires de l’hébergement.
- Quand ?
L’ouverture de cette structure serait possible fin 2011 si des crédits nécessaires étaient affectés. Avec le fort soutien du maire de Bordeaux, du Président du Conseil Général et du Président de la CUB au titre de la surcharge foncière, de l’aide de l’Etat sur cette même surcharge foncière et par une subvention PLAI, l’investissement pourrait trouver son équilibre.
Aider les jeunes en errance (2)
20 mai
Revue de Presse de la Maison PRODOMO :
Aider les jeunes en errance
19 mai
Article de Sud Ouest – 19 mai 2009
POLÉMIQUE. La ville a décidé d’implanter une résidence d’accueil pour les jeunes SDF et leurs chiens, place du Général Sarrail, à deux pas de la Victoire. Les commerçants toussent.
Ils ont appris la nouvelle par la bande. Du coup, la réalité du projet a pris des allures de mauvaise rumeur. L’implantation d’un centre d’accueil, d’hébergement et de soins pour SDF avec leurs chiens, en lieu et place de l’ancien restaurant Le San Francisco, place du Général-Sarrail. Sur la rue Sainte-Catherine, à deux pas de la Victoire. Les associations de commerçants du quartier ont aussitôt mis la pression à la municipalité de Bordeaux. Courriers, pétitions ont suivi. Hier matin, une délégation rencontrait Fabien Robert, l’adjoint au maire du quartier, dans son bureau.
Pas de concertation. Saïd Ounnoughene, patron de la librairie Le Roi lire, rue Sainte-Catherine, a dégainé le premier. « Les riverains du quartier Sainte-Catherine-Victoire élèvent une légitime protestation suite au projet d’InCité, d’installation d’un centre d’accueil, place Sarrail, ils s’opposent à ce projet élaboré sans concertation et demandent au maire d’intervenir afin qu’une solution adaptée soit trouvée, sans sacrifier les intérêts des administrés. »
De fait, le projet mené par l’organisme paramunicipal InCité n’a fait l’objet d’aucune information auprès du public. Ce que Saïd trouve choquant. « On reproche la politique du fait accompli, dit-il. Où est le credo de Juppé lors des dernières élections » favoriser la parole citoyenne » ? Nous réfutons l’implantation de ce projet, ici, pas le projet en tant que tel. Notre souci est d’éviter la stigmatisation, mais nous sommes sensibles à la souffrance des SDF. Ici le quartier est fréquenté par des lycéens, des écoliers, des étudiants… »
« On va sacrifier le quartier » David Soulet, gérant de l’Alligator Café, sur la place ne décolère pas.
« On a mis des années à améliorer ce quartier, à le reprendre en main. Ce projet va tout gangrener. L’entrée de Montaigne est à 10 mètres. On a déjà des soucis quotidiens avec les SDF et leurs chiens. »
Idem pour Yacine Boucharma, coiffeur dans le quartier. « Depuis quatre ans, on maîtrise enfin le problème des SDF, bien que nous ayons perdu beaucoup de clients âgés qui ont peur d’être agressés. Désormais ça va être pire ! »
Fabien Robert ne veut pas lâcher le projet
Tension maximale du côté de la mairie de quartier, hier à midi. Fabien Robert, maire-adjoint, recevait les représentants des associations des quartiers Sainte-Catherine, Victoire et Victor-Hugo, tous vent debout contre l’ouverture d’un centre d’hébergement pour jeunes SDF avec leurs chiens. « Cela ne vient pas de sortir, note l’élu, il s’agit d’un vieux projet, qui date de 2005. Nous cherchions le site idéal. InCité l’a trouvé, mais ce n’est pas un projet Mairie-InCité, les financeurs sont l’État, le Conseil général, la CUB. Le Centre d’étude et d’information sur les drogues (Ceid) assure le contenu. Ce Ceid travaille dans la rue à Bordeaux depuis plusieurs années. En 2008, ils ont rencontré 344 jeunes SDF, ça marche. Les plus à l’écoute sont invités à participer à des arts de la rue, place Amédée-Larrieu, mais derrière il n’y a rien à proposer. Pas de lieu d’hébergement. »
550 m2 dédiés à l’accueil
« Dans cet affolement des riverains et des commerçants, il y a beaucoup d’irrationnel. Il ne s’agit pas d’un centre pour les drogués, ni d’un lieu ouvert. Ceux qui seront hébergés là, seront accompagnés et sélectionnés. La présence des chiens inquiète le voisinage, mais on ne peut pas leur enlever… »
Dans la cour de la résidence, un espace est donc prévu pour accueillir aussi les chiens des SDF. Fabien Robert, s’il admet que l’élaboration du projet aurait mérité plus de transparence et de communication auprès des riverains et des associations de quartier, ne lâche pas. « 550 m2 seront consacrés à l’hébergement et l’accueil. Il y aura à terme 25 chambres, un éducateur sera présent en permanence. L’ouverture devrait avoir lieu fin 2011 pour les 12 premiers résidents, les autres seront accueillis l’année suivante. Ce lieu ne devrait pas être médicalisé. Je comprends les réticences des commerçants, mais nous devons intervenir là où se trouve le public concerné. Les jeunes SDF se posent spontanément à cet endroit de la ville, alors il faut les aider là. Ou bien on laisse ces gens dans la rue, ou bien on traite là où ça fait mal. Ce type d’établissement sera toujours à côté de quelque chose. Le côté, » oui mais pas chez moi » ça ne passe pas en politique ! »

